Tarot
Quel tarot choisir pour débuter : Marseille, Rider-Waite ou oracle
Ce guide fait partie du dossier Le tarot expliqué : 78 cartes, histoire et lecture comme un miroir (partie 6 sur 7).
Pour débuter, trois familles s’offrent à toi. Le Rider-Waite-Smith illustre ses 78 cartes par des scènes, ce qui le rend plus facile à lire au premier contact. Le Tarot de Marseille épure ses arcanes mineurs (des deniers, des coupes alignés, sans scène), ce qui demande plus de mémoire mais donne une structure symbolique très solide. Les oracles, eux, n’ont pas de structure fixe : liberté totale, mais aucun cadre où s’appuyer. Le bon choix dépend de ta façon d’apprendre, pas d’un destin. Le « jeu qui te choisit » et l’interdiction de l’acheter soi-même sont des légendes commerciales, pas des règles.
Tu te tiens devant un rayon de cartes, ou devant une page de boutique en ligne, et tu hésites. Ils se ressemblent tous et pourtant on te dit qu’ils sont très différents. Cette page est faite pour trancher, sans te vendre quoi que ce soit : aucune marque sponsorisée, aucun lien d’achat, juste de quoi décider en connaissance de cause. Trois grandes familles existent, et le bon choix dépend de toi, de ta façon d’apprendre, pas d’un signe du destin.
Avant de comparer, une honnêteté de fond. Le tarot est un outil symbolique d’introspection. Son histoire culturelle est documentée : c’est d’abord un jeu de cartes, apparu dans l’Italie du XVe siècle, dont l’historien Michael Dummett a retracé le parcours avec précision. Son usage divinatoire, lui, est arrivé bien plus tard, vers la fin du XVIIIe siècle. Un tirage, c’est un miroir qu’on se tend pour mieux se regarder, jamais un verdict sur ce qui va arriver. Garde cette boussole : elle change la façon de choisir un jeu, parce qu’on ne cherche pas un objet « puissant », on cherche un langage avec lequel on se sente à l’aise.
Les trois familles, sans détour
Le Rider-Waite-Smith : illustré, donc lisible tout de suite
Publié à Londres en 1909, ce jeu a été conçu par Arthur Edward Waite et dessiné par Pamela Colman Smith, dont les initiales valent le « S » qu’on ajoute désormais au nom. Sa révolution tient en une idée simple : illustrer les 78 cartes, y compris les arcanes mineurs. Là où les jeux anciens se contentaient d’aligner les figures géométriques pour le Cinq de Coupes, Smith a peint une scène, un homme drapé de noir qui contemple trois coupes renversées, sans voir les deux restées debout derrière lui.
Cette scène raconte déjà quelque chose. Tu peux décrire ce que tu vois, le deuil, le regret, ce qui reste pourtant, et tu lis presque juste avant même d’ouvrir un livre. Pour un débutant, c’est précieux : la carte te tend la perche. Waite a accompagné le jeu d’un guide, The Pictorial Key to the Tarot, où il pose lui-même la prudence : les images valent par ce qu’elles éveillent, pas par une prédiction mécanique. C’est le jeu le plus répandu au monde, donc celui pour lequel tu trouveras le plus de ressources, et le socle de la plupart des cartes que tu rencontreras ailleurs.
Le Tarot de Marseille : épuré, donc structurant
Plus ancien dans sa forme, fixé en France à partir du XVIIe siècle, le Tarot de Marseille fait le choix inverse. Ses 22 arcanes majeurs sont richement imagés, mais ses arcanes mineurs ne le sont pas : le Sept de Deniers, ce sont sept deniers disposés en motif, sans personnage ni récit. Rien à « lire » sur l’image, donc tout à comprendre par la structure, le nombre, la couleur, la famille.
C’est plus exigeant au départ, et c’est tout l’intérêt. Le Marseille t’oblige à penser en termes de nombres (la progression du un au dix), de couleurs (bâtons, coupes, épées, deniers) et de dynamiques, plutôt qu’à te raccrocher à une scène. Alejandro Jodorowsky, qui a consacré au Marseille un travail considérable dans La Voie du Tarot, y voit moins un instrument de prédiction qu’un outil de connaissance de soi, presque un alphabet de l’âme. Beaucoup viennent au Marseille après le Rider-Waite, pour passer de la lecture d’images à la lecture de structures.
Les oracles : libres, donc sans cadre
Un oracle n’est pas un tarot. Pas de 78 cartes, pas de partition majeurs/mineurs, pas de couleurs élémentaires partagées. Chaque oracle est un système autonome, inventé par son auteur, avec son propre nombre de cartes et ses propres thèmes. L’oracle de Belline en est un exemple historique, et l’on en crée des centaines de nouveaux chaque année. Leur force est leur douceur : souvent très imagés, souvent rassurants, sans grammaire lourde à mémoriser. Leur limite est l’envers exact : ce que tu apprends sur un oracle ne se transfère pas, ni vers un autre oracle, ni vers le tarot. Tu repars de zéro à chaque jeu. Si l’idée d’apprendre une langue ne te tente pas et que tu veux juste un compagnon de réflexion, un oracle divinatoire fait très bien l’affaire.
Quel tarot convient à quel profil ?
Tu veux pouvoir tirer une carte ce soir et en dire quelque chose de sensé sans avoir rien appris : le Rider-Waite-Smith. Tu aimes les systèmes, les nombres, l’idée d’une grammaire à maîtriser sur la durée, et tu n’as pas peur d’un démarrage plus lent : le Tarot de Marseille. Tu ne cherches pas à apprendre un langage mais un objet doux pour ponctuer tes journées, sans contrainte : un oracle. Aucune de ces trois envies n’est meilleure que les autres. Elles disent simplement comment tu aimes apprendre.
Comment choisir, concrètement
Décide d’abord du but. Apprendre le tarot comme on apprend une langue ? Vise un vrai tarot de 78 cartes, Rider-Waite pour la pente douce, Marseille pour la rigueur. Juste t’offrir un rituel de réflexion ? Un oracle suffit. Ensuite, regarde les images d’arcanes mineurs avant d’acheter : si voir un Cinq de Coupes illustré te parle plus qu’un alignement de coupes, tu sais déjà vers quelle famille pencher. Enfin, choisis une édition lisible, aux couleurs nettes, à la taille qui tient bien en main : tu vas manipuler ces cartes des centaines de fois, le confort compte plus que la rareté.
Faut-il qu’on m’offre mon tarot, et le prix compte-t-il ?
Le plus tenace : « il faut que le jeu te choisisse » ou « on ne doit jamais acheter son premier tarot soi-même ». C’est un mythe, et plutôt un mythe commercial. Aucune tradition historique ne l’exige, le tarot ayant d’abord été un jeu qu’on s’achetait comme un paquet de cartes ordinaire. Cette croyance s’est répandue au XXe siècle et flatte surtout l’idée d’un objet « sacré » qu’on aurait tort de banaliser. Achète ton jeu si tu en as envie : le choisir fait déjà partie du lien.
Autre faux critère : le prix élevé ou l’édition « énergétiquement chargée ». Une carte ne tire pas son sens de son coût. Un Rider-Waite d’entrée de gamme lit aussi bien qu’une édition collector. De même, méfie-toi de la promesse d’un jeu « plus puissant » : la puissance, s’il y en a une, est dans l’attention que tu portes au tirage et au dialogue qu’il ouvre avec toi-même, pas dans le carton.
Quand tu auras choisi, le vrai travail commence : apprivoiser les cartes une à une, t’attarder sur un arcane majeur comme Le Bateleur qui ouvre le jeu, puis tisser les liens entre elles. C’est là que le tarot devient un miroir fidèle, et le reste du dossier est là pour t’accompagner pas à pas. Prends ton temps : un jeu se comprend sur des années, pas sur une soirée, et c’est très bien ainsi.
Questions fréquentes
- Marseille ou Rider-Waite pour débuter ?
- Si tu veux pouvoir lire vite, presque dès le premier soir, prends le Rider-Waite-Smith. Ses 78 cartes, y compris les arcanes mineurs, sont illustrées par des scènes : un personnage triste devant trois coupes renversées, un homme qui s’éloigne sur un bateau, une silhouette qui veille sous neuf épées. Tu peux raconter ce que tu vois avant même de connaître le sens « officiel », et c’est exactement ce dont un débutant a besoin pour se faire confiance. Si tu préfères une structure symbolique épurée, où les nombres et les couleurs comptent plus que les images, prends le Tarot de Marseille : ses mineurs ne sont pas illustrés (cinq deniers, c’est cinq deniers disposés géométriquement), ce qui demande de mémoriser un peu plus au départ, mais t’apprend à lire par la structure plutôt que par l’anecdote. Aucun des deux n’est supérieur. Le Rider-Waite te porte au début, le Marseille te muscle. Beaucoup commencent par le premier, puis viennent au second par curiosité.
- Faut-il qu’on m’offre mon premier tarot ?
- Non, c’est une légende, et même une légende plutôt récente. On lit parfois qu’un tarot « doit » être offert, jamais acheté, sous peine de mal fonctionner. Aucune tradition historique ne dit cela : le tarot est né jeu de cartes en Italie au XVe siècle, et personne au monde n’attendait qu’on lui offre son paquet pour jouer. Cette croyance s’est diffusée au XXe siècle, et elle arrange surtout ceux qui vendent l’idée d’un objet « sacré ». Achète ton jeu toi-même si tu en as envie : le choisir, le payer, l’ouvrir, c’est déjà entrer en relation avec lui. Un jeu offert peut être un beau cadeau, mais il ne te liera pas mieux qu’un jeu choisi. Ce qui crée le lien, c’est le temps que tu passes avec les cartes, pas la manière dont elles sont arrivées dans tes mains.
- Un oracle, est-ce un bon premier jeu ?
- Un oracle peut être un premier compagnon agréable, mais il ne t’apprend pas le tarot. Un oracle (comme l’oracle de Belline ou les très nombreux oracles modernes) n’a pas de structure fixe : pas de 78 cartes, pas d’arcanes majeurs et mineurs, pas de couleurs élémentaires. Chaque oracle a son propre système, inventé par son auteur. C’est sa liberté et sa limite : tu ne peux pas transférer ce que tu apprends d’un oracle à un autre, ni au tarot. Si tu cherches une porte douce, imagée, sans grammaire à mémoriser, un oracle te conviendra. Si tu veux apprendre une langue symbolique transmissible, qui te suivra toute ta vie et que des milliers de personnes partagent, commence par un vrai tarot.