Tarot

Les 56 arcanes mineurs : le quotidien du tarot

Ce guide fait partie du dossier Le tarot expliqué : 78 cartes, histoire et lecture comme un miroir (partie 5 sur 7).

Les arcanes mineurs sont les 56 cartes du tarot réparties en quatre suites : les bâtons pour l’élan, les coupes pour le lien, les épées pour la pensée, les deniers pour le concret. Chaque suite compte dix cartes numérotées et quatre figures de cour. Là où les 22 majeurs donnent le climat d’un tirage, les mineurs en racontent le quotidien, et ils se lisent sans par-cœur : un nombre croisé avec une suite suffit à ouvrir le sens.

Par Jade Nohemia 6 min de lecture

Tout le monde commence par les majeurs. Ils ont les grands noms, les grandes images, les grandes peurs. Puis on ouvre le reste du jeu, on tombe sur cinquante-six cartes, quatorze par suite, et le découragement arrive vite : comment retenir tout ça ? La réponse honnête : on ne retient pas tout ça. On apprend à le lire, et c’est très différent.

Les 56 arcanes mineurs sont la partie du tarot qui ressemble le plus à un jeu de cartes ordinaire, et pour cause : le tarot du XVᵉ siècle s’est construit en ajoutant ses triomphes à un jeu de couleurs qui existait déjà. Quatre suites, des cartes numérotées de l’as au dix, des figures de cour. Là où les 22 majeurs donnent le climat d’un tirage, son chapitre, les mineurs racontent le terrain : le quotidien, les ajustements, la matière des jours. Le guide complet du tarot pose la structure d’ensemble ; ici, on apprend la langue des mineurs, et surtout la méthode qui dispense du par-cœur.

Que représentent les quatre suites du tarot ?

Chaque suite porte une manière d’être au monde, et la tradition les a très tôt associées aux quatre éléments.

Les bâtons sont le feu : l’élan, le désir d’agir, le travail qui chauffe, la création qui démange. Quand les bâtons dominent un tirage, il parle de projets, d’énergie, d’envie, parfois d’impatience : quelque chose veut brûler, reste à savoir quoi nourrir.

Les coupes sont l’eau : le lien, l’émotion, ce qui circule entre les êtres et ce qui déborde. Une table pleine de coupes parle d’amour, d’amitié, de nostalgie, de ce que le cœur retient ou laisse partir.

Les épées sont l’air : la pensée, la parole, la décision, et donc aussi le conflit, parce que c’est avec des idées et des mots qu’on se blesse le plus précisément. Les épées disent ce qui se joue dans la tête : la clarté à conquérir, la rumination à déposer.

Les deniers sont la terre : le concret, le corps, l’argent, le temps long, ce qui se construit pierre à pierre. Les deniers ramènent toujours à la question la plus simple : qu’est-ce qui existe vraiment, là, dans la matière de ta vie ?

Quatre suites, et déjà une boussole. Avant même de connaître une seule carte, savoir qu’une question d’amour s’éclaire aux coupes et qu’un nœud professionnel se joue entre bâtons et deniers, c’est tenir le quart de la lecture.

L’échelle des nombres, de l’as au dix

La deuxième moitié de la boussole, ce sont les nombres. De l’as au dix, chaque suite déroule la même courbe, que chaque école nuance mais que toutes reconnaissent dans ses grandes lignes.

L’as est la suite à l’état pur : le don brut, la graine. Le deux rencontre : l’autre apparaît, l’équilibre se cherche. Le trois produit son premier fruit : ce qui n’était qu’intention prend forme. Le quatre stabilise, parfois jusqu’à l’immobilité. Le cinq fait crise : le milieu du chemin, l’inconfort qui oblige à bouger. Le six rétablit l’échange, la beauté du milieu retrouvé. Le sept évalue et choisit : l’effort lucide. Le huit réorganise, met du métier et de la structure. Le neuf approche de la plénitude, avec ce qu’elle a parfois de trop plein. Le dix achève, et tout achèvement bascule : la fin d’un cycle contient déjà l’as du suivant.

Dix marches, quatre escaliers : voilà les quarante cartes numérotées. Pas quarante significations isolées : une seule courbe, déclinée dans quatre matières.

Tu peux le vérifier en posant côte à côte les quatre cinq. Cinq de bâtons : la crise de l’élan, la rivalité, l’énergie qui s’éparpille en escarmouches. Cinq de coupes : la crise du lien, le deuil, le regard aimanté par ce qui est tombé. Cinq d’épées : la crise de la pensée, la victoire amère, le mot de trop. Cinq de deniers : la crise du concret, le froid d’un passage dehors, le manque d’un moment. Quatre cartes, un seul nombre, et déjà toute la logique du système sous les yeux.

Les figures de cour : seize personnages

Restent les seize figures : valet, cavalier, reine et roi de chaque suite (page, knight, queen et king dans le Rider-Waite-Smith). La manière la plus simple de les aborder est d’y voir des degrés de maturité de l’énergie de la suite. Le valet apprend : il découvre l’élément, le manipule avec curiosité et maladresse, apporte souvent un message ou un début. Le cavalier part en quête : l’énergie en mouvement, parfois trop vite. La reine habite l’élément de l’intérieur : la maîtrise intime, le magnétisme tranquille. Le roi le gouverne vers l’extérieur : la responsabilité, la décision qui engage les autres.

Mary K. Greer, dans Tarot for Your Self (1984), propose une lecture qui a transformé la pratique de beaucoup : les figures ne sont pas seulement des personnes de ton entourage, ce sont des rôles que tu joues. Une Reine de coupes dans ton tirage peut désigner une personne d’eau qui compte pour toi, mais aussi, et souvent plus justement, la part de toi qui accueille et qui ressent. La question à se poser devant une figure : est-ce quelqu’un, ou est-ce moi dans ce costume ?

Comment lire une carte mineure sans l’apprendre par cœur ?

Et voici la clé qui dispense du par-cœur. Une carte mineure, c’est un nombre croisé avec une suite. Rien d’autre, et c’est immense.

Prends le Cinq de coupes : cinq, la crise, le milieu inconfortable ; coupes, le lien, l’émotion. Croise : une crise du lien, un deuil, une déception, quelque chose du cœur qui demande à être regardé. Tu n’as rien mémorisé, tu as raisonné. Ouvre maintenant un Rider-Waite-Smith : la scène montre un personnage en deuil, drapé de noir, devant trois coupes renversées, et deux coupes encore debout derrière lui qu’il ne voit pas. L’image confirme le raisonnement et y ajoute sa nuance : dans la perte, quelque chose reste debout, à condition de se retourner.

Autre exemple, le Trois de bâtons : trois, le premier fruit ; bâtons, l’élan, le projet. Un projet qui passe le cap des intentions, une création qui prend pied dans le réel. Waite y fait dessiner un homme de dos, debout sur une hauteur, qui regarde ses navires gagner le large : l’élan a quitté le port, il navigue.

C’est la méthode que je te conseille d’installer : devant chaque mineure, nomme la suite, nomme le nombre, formule une phrase avec tes mots. Le Marseille, qui n’illustre pas ses mineurs par des scènes, t’oblige à cette gymnastique et c’est sa force ; le Rider-Waite-Smith te tend l’image en plus, et c’est la sienne. Greer recommande d’ailleurs de commencer par tes propres associations avant d’ouvrir un livre : la carte que tu as raisonnée et ressentie t’appartient autrement que celle que tu aurais récitée.

Majeurs et mineurs travaillent ensemble

Un dernier mot pour remettre les 56 à leur juste place, qui n’est ni au-dessus ni en dessous des majeurs : à côté. Dans un tirage, les arcanes majeurs donnent le chapitre, les mineurs donnent la scène. Un Arcane sans nom entouré de deniers parle d’une mue concrète, matérielle : un déménagement, une fin de contrat, un rythme de vie qui change. Le même arcane entouré de coupes déplace la mue du côté du cœur. Sans les mineurs, les majeurs planent ; sans les majeurs, les mineurs s’éparpillent.

Commence petit : tire trois mineures, rien qu’elles, et raconte la scène. La suite te dit la matière, le nombre te dit le moment de la courbe, et toi, tu poses les mots. C’est ainsi que le quotidien du tarot devient lisible : pas en apprenant cinquante-six définitions, en apprenant à croiser deux fils.

Questions fréquentes

Que sont les arcanes mineurs du tarot ?
Les arcanes mineurs sont les 56 cartes du tarot réparties en quatre suites : les bâtons pour l’élan, les coupes pour le lien, les épées pour la pensée, les deniers pour le concret. Chaque suite compte dix cartes numérotées et quatre figures de cour. Là où les 22 arcanes majeurs donnent le climat d’un tirage, les mineurs en racontent le quotidien, et ils se lisent sans par-cœur : un nombre croisé avec une suite suffit à ouvrir le sens.
Comment lire une carte mineure sans l’apprendre par cœur ?
Croise le nombre et la suite : une carte mineure n’est rien d’autre que ça. Prends le Cinq de coupes : cinq, c’est la crise, le milieu inconfortable ; coupes, c’est le lien, l’émotion. Croisés, ils donnent une crise du lien, un deuil, une déception qui demande à être regardée. Devant chaque mineure, nomme la suite, nomme le nombre, formule une phrase avec tes mots : c’est un raisonnement, pas une mémorisation.
Que représentent les quatre suites du tarot ?
Les bâtons sont le feu : l’élan, le désir d’agir, la création qui démange. Les coupes sont l’eau : le lien, l’émotion, ce qui circule entre les êtres. Les épées sont l’air : la pensée, la parole, la décision, et donc aussi le conflit. Les deniers sont la terre : le concret, le corps, l’argent, le temps long. Une question d’amour s’éclaire aux coupes, un nœud professionnel se joue entre bâtons et deniers.
Que représentent les figures de cour du tarot (valet, cavalier, reine, roi) ?
Les seize figures de cour se lisent comme des degrés de maturité de l’énergie de leur suite. Le valet apprend et découvre l’élément avec curiosité ; le cavalier part en quête, l’énergie en mouvement ; la reine habite l’élément de l’intérieur, la maîtrise intime ; le roi le gouverne vers l’extérieur, la décision qui engage les autres. Mary K. Greer propose d’y voir aussi des rôles que l’on joue soi-même, pas seulement des personnes de l’entourage.

Sources

  • Arthur Edward Waite, The Pictorial Key to the Tarot (Londres, William Rider & Son, 1911)
  • Mary K. Greer, Tarot for Your Self: A Workbook for Personal Transformation (North Hollywood, Newcastle Publishing, 1984)